Retour sur les propos de Natacha Polony

Cette déclaration a rapidement interrogé les observateurs, d’autant plus que l’administration américaine ne manque pas de montrer ses velléités envers les pays européens depuis plusieurs semaines.

Dans une récente interview accordée à la radio RTL, Natacha Polony, a indiqué que nombre d’États européens sont équipés de F-35, en tout cas de matériels militaires américains, la France faisant ici exception. Selon elle, il existe une clé électronique, renouvelée tous les deux jours, qui permet le décollage et l’utilisation de ces avions par les États-Unis. Cela signifie, selon elle, qu’il ne peut exister de conflit entre le pays de l’Oncle Sam et le Vieux Continent.

Ces déclarations ont donc inquiété quant à l’existence d’un interrupteur d’arrêt d’urgence, ou « kill switch » et qui, s’il est en effet activé par les États-Unis, aurait pour effet d’empêcher tout décollage des avions concernés.

Qu’en est-il réellement ?


Des avions militaires américains qui sillonnent majoritairement le ciel européen ?

En indiquant que le ciel européen est dominé par ces avions de chasse de fabrication américaine, Natacha Polony ne s’y trompe pas. D’ailleurs la tendance pour les années à venir semble montrer une nette préférence de ces avions par rapport à une fabrication européenne.

Cette possibilité de désactiver à distance l’utilisation de ces F-35 a tout d’abord été mentionnée au printemps 2025 par un représentant d’Hensoldt, marchand d’armes connu et reconnu. Celle-ci fut toutefois démentie par les programmes de commercialisation de l’appareil. À ce sujet, et à cette même période, par exemple, le gouvernement britannique avait indiqué que le pays était en mesure d’utiliser cet appareil à tout instant sans qu’il n’existe de tel mécanisme de « kill switch ».

Le Pentagone a aussi déclaré qu’il n’existait aucun mécanisme de ce type et que l’ensemble des opérateurs de l’appareil ont « les capacités nécessaires pour assurer la maintenance et l’exploitation efficaces » de ces avions, ajoutant que « nous restons déterminés à fournir (…) l’ensemble des fonctionnalités et le soutien dont ils ont besoin ».

Indiquons d’ailleurs que certains appareils d’ancienne génération, par exemple les F-14 détenus par l’Iran et qui continuent d’être utilisés depuis l’embargo de 1984, date à laquelle ce pays est devenu ennemi des États-Unis, ne sont pas non plus dotés d'un tel dispositif.


Quid toutefois de l’électronique embarquée ?

Les nouveaux modèles, à l’image du F-35, sont dotés de systèmes performants et de ce que l’on appelle l’électronique embarquée. Les concernant, il existe d’ailleurs un accès logiciel par le constructeur américain Lockheed Martin. Une surveillance des autorités américaines est donc possible.

Serait-il alors envisageable que l’administration Trump puisse tout simplement décider de désactiver à distance les logiciels des appareils européens pour paralyser toute opération militaire qui serait contraire aux intérêts américains ?

En vérité, les appareils concernés sont directement connectés à un système de maintenance numérisé et géré par le constructeur américain. Il existe donc des échanges permanents entre ces appareils et ce système qui permet, notamment, aux utilisateurs de prévenir des pannes ou de commander des pièces, assurant ainsi une meilleure maintenance. Ce constat a été corroboré par le GAO, le Government Accountability Office, c’est-à-dire l’équivalent de la Cour des comptes américaine.

Des médias américains ont précisé que le serveur utilisé ne se connecte pas par interface avec les commandes de l’appareil. Toutefois, ces déclarations ne peuvent être corroborées avec certitude dans la mesure où le GAO ne le précise pas.

Malheureusement, il nous est difficile d’affirmer que les autorités américaines ne soient pas en mesure d’interférer dans les utilisations opérationnelles des F-35. À cet égard il est sûrement opportun de relever le fait que les États-Unis ont déjà été en mesure de restreindre des capacités opérationnelles de matériels militaires vendus à des pays étrangers. Tel avait en effet été le cas de l’Ukraine qui pouvait certes utiliser des lanceurs de roquette américains, mais dont l’utilisation à la fois logicielle et matérielle avait été encadrée par Washington, pour que les missiles ne puissent atteindre le territoire russe voisin de manière trop avancée…

En bref, retenons qu’il est possible qu’il existe ce « kill switch » mais qu’à l’heure actuelle, nous ne pouvons le confirmer. Une chose est néanmoins sûre, les États européens qui utilisent cette technologie américaine sont vulnérables, et la dépendance à cette technologie doit inquiéter et questionner.


Références

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