Une démarche politique indéniable ?

Cette volonté s’inscrit dans une volonté politique mais peut-il décider, unilatéralement, de procéder de la sorte ? Rappelons que le nouveau maire, M. Bagayoko, a été élu par les habitants de la ville de Saint-Denis de manière démocratique et qu’il a remporté la victoire dès le premier tour des élections municipales, malgré une faible participation. Il peut donc décider de désarmer la police municipale et c’est la loi qui l’autorise.

Toutefois cette idée ne semble pas remporter la conviction des membres de la police municipale, composée de 130 policiers pour un total de 160 agents. Près de 90 de ces policiers auraient demandé à être mutés (mais notons ici que l’information doit être confirmée). Ce à quoi le nouveau maire élu a déclaré que les fonctionnaires « répondent en fait à une commande politique » et que s’ils « ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront ».

Ces déclarations n’ont pas plu au gouvernement qui, par l’intermédiaire du ministre de l’action et des comptes publics, Daniel Amiel, a rétorqué qu’il n’est pas possible, légalement, pour une « autorité municipale » d’insinuer que l’affection, aussi bien que le maintien en fonction d’agents de la commune, « pourraient dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques » du maire. Toujours selon ses dires, il pourrait ici s’agir de cas de harcèlement moral qui peuvent être connus des juridictions compétentes.

L’on comprend donc que la machine judiciaire pourrait être actionnée mais ici il nous faut bien garder à l’esprit que la politique menée par le nouveau maire en matière de sécurité ne serait pas condamnée.

Des questions s’imposent à nous dans ce cadre

La ville de Saint-Denis connaît-elle une insécuritéIndiquons que cette situation est pour le moins compliquée car le taux de criminalité qui y est enregistré est de 106,16 pour 1000 habitants. Ceci représente en vérité le double de la moyenne nationale. Une baisse a toutefois été observée concernant les cambriolages.

Quid du trafic de drogue ? Saint-Denis fait partie des villes connues pour son trafic de drogue florissant mais aussi par les règlements de compte qui en résultent. Force est de constater que les policiers municipaux sont directement confrontés à cette violence et à leurs auteurs parfois (ou souvent) armés. Le fait que leur nouveau maire souhaite interdire le lanceur de balles de défense (ci-après LBD) inquiète donc naturellement les forces de l’ordre municipales, notamment à l’égard de leur mission de protection des citoyens. Rappelons que le LBD revêt la nature d’une alternative à l’usage des armes à feu qui sont par nature létales. Les syndicats déplorent d’ailleurs qu’il soit mis fin à l’utilisation de ce moyen adapté.

Des interrogations subsistent concernant les suites de cette volonté politique de M. Bagayoko. Souhaite-t-il aller plus loin et désarmer complémentèrent la police municipale par l’interdiction des armes à feu ? Sans vouloir prédire l’avenir, malgré ses dernières déclarations, il semble bien que ce soit sa volonté si l’on se réfère à « la boite à outils » de La France Insoumise dans le cadre des dernières élections municipales, dans laquelle figure le refus de l’armement des policiers municipaux en France.

Quid finalement de la vidéosurveillance ? Le maire ne veut pas l’usage de la vidéosurveillance à l’instar, à nouveau, du contenu de la boite à outils susmentionnée. Le parti vise notamment une « présence humaine » plutôt que la vidéosurveillance qu’il qualifie de « coûteuse, liberticide et démagogique ». Notons que la ville est dotée de 850 caméras de vidéo surveillance.


La police au cœur de l’insécurité en France ?

La commune constitue la plus importante remportée par ce parti politique dans le cadre des dernières élections municipales en termes d’habitants. Il s’agit là d’un statut bien particulier car elle va servir de base à l’application de la politique de sécurité souhaitée par ce parti. Cette politique, animée par une volonté claire du nouveau maire, devrait vraisemblablement s’inscrire dans une application bien distincte de celle pourtant menée jusqu’à présent par d’autres forces politiques de la gauche.

En fait, la politique qui devrait être menée par le nouveau maire et ses récentes déclarations ne peuvent être considérées comme une surprise aux yeux du grand public et des observateurs. Le programme LFI est clair : « refonder le service public de la police », qui, à en croire le contenu, constitue le terreau fertile et finalement le cœur de toute la problématique sécuritaire en France. Au sens de ce programme, l’insécurité résulte de la violence des forces de l’ordre animées d’une « politique répressive, brutale et légitimée par l’exécutif ».

Si l’on se réfère au programme, il est question de la suppression des BAC, CRS mais aussi la Gendarmerie nationale afin de les unifier dans un même corps en reprenant les missions attribuées à la police nationale : « il s’agit en fait de créer une “garde républicaine citoyenne” », sous un statut unique de fonction publique civile. Précisons finalement que des unités de gendarmerie ne seront pas supprimées, notamment au regard non seulement de la protection mais aussi de la défense des institutions étatiques.

La police municipale serait pour sa part intégrée au sein de ce qui est appelée la police de proximité. Celle-ci dépendrait de l’autorité fonctionnelle du maire.

L’on peut clore notre propos en indiquant que le droit semble d’une certaine façon muet face à ces considérations d’ordre strictement politique. Finalement la politique semble constituer la base de la radicalisation de la société que nous pouvons observer depuis des années maintenant…


Références

Jessy Gourdon. (2026, 30 mars). Saint-Denis : le maire Bally Bagayoko dément la vague de départ de policiers municipaux, 20Minutes, Consulté le 03/04/2026 sur 20minutes.fr

Alixan Lavorel, (2026, 30/03). Le maire de Saint-Denis temporise et affirme que les policiers municipaux « auront potentiellement encore des armes à feu » en 2033, BFM, Consulté le 03/04/2026 sur bfmtv.com

Boite à outils programmatique municipales 2026, LFI, consulté le 03/04/2026 sur programme.lafranceinsoumise.fr