Affaire Frédéric Péchier : de quels actes parle-t-on ?
La cour d’assises du Doubs a dernièrement retracé les 30 cas d’empoisonnements à l’égard desquels l’ancien anesthésiste, Frédéric Péchier, a été condamné.
Par une décision rendue jeudi 18 décembre 2025, ce dernier a en effet été condamné à la peine maximale, c’est-à-dire la réclusion criminelle à perpétuité. Cette très lourde peine se comprend aisément à l’aune des faits qui lui étaient reprochés. Ainsi, la cour et le jury ont justifié la peine prononcée à son encontre compte tenu notamment de « l’ampleur et [de] la gravité des crimes commis ».
En effet ces crimes ont « entraîné la mort tragique de douze victimes », mais ces derniers ont aussi résulté sur des « séquelles irréversibles pour les dix-huit autres », sans compter la peine des proches des victimes. Fut également retenue à son encontre la circonstance aggravante de préméditation ainsi que la vulnérabilité particulière des victimes de ses crimes qui se sont déroulés entre 2008 et 2017 dans deux établissements de santé.
Il est aussi intéressant de relever que la cour d’assises a dépeint le profil de l’ancien anesthésiste : compte tenu des faits et des actes criminels en cause dans cette affaire, ceux-ci ont conduit la cour et le jury « à évoquer le fonctionnement d’un tueur en série » et à retenir « une personnalité divisée » dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle. Il est en effet relevé que du fait d’exigences particulièrement hautes dans son entourage familial, ce dernier aurait été en mesure de devenir un « homme providentiel » au sein d’un des deux établissements dans lesquels il a commis les faits reprochés. Celui-ci était en effet non seulement disponible, mais était également présent de manière constante lors des réanimations effectuées sur les victimes. À cet égard, il ressort des motivations de la cour d’assises que l’ancien réanimateur était « à la fois celui qui semait la mort au bloc opératoire et le talentueux réanimateur » à qui ses confrères, « en désarroi », faisaient appel. Cela met en évidence un certain nombre de traits de caractère de Frédéric Péchier, notamment des traits de « manipulation, de perversion et de jouissance » lorsque les crimes, qui lui étaient reprochés, étaient réalisés.
Une déshumanisation des victimes
Il ressort des constatations opérées par la cour d’assises que les victimes de l’ancien anesthésiste étaient en vérité choisies « au hasard d’un différend » qui l’opposait à ses collègues, peu importe par ailleurs la nature de ce différend, pouvant même parfois résulter de « contrariétés plus ou moins vénielles » avec ces derniers. Les conséquences sur ses collègues ont par ailleurs été soulignées, notamment du fait des souffrances résultant de la reconsidération « parfois dévastatrice, de leurs compétences professionnelles ». Au titre des faits reprochés, et de leurs conséquences pratiques sur ses collègues, la cour d’assises du Doubs a retenu qu’un départ anticipé à la retraite d’une consœur lui a ainsi permis de récupérer les vacations de cette dernière.
Pour leur part, les victimes de Frédéric Péchier étaient tout simplement déshumanisées. La cour retient que l’ancien anesthésiste était dépourvu de toute limite, notamment lorsqu’il s’en est pris à un enfant, qui fut victime de ses actes criminels.
La cour relève que la toute dernière victime d’empoisonnement est Jean-Claude Gandon, en 2017. En dépit d’une absence de l’anesthésiste, la juridiction retient que l’empoisonnement a été effectué dans l’objectif principal de « détourner des soupçons qui pouvaient rapidement converger vers lui » dans la continuité d’une bien troublante découverte : une poche de potassium avait en effet été retrouvée, quelques jours plus tôt, alors qu’une autre patiente était victime des agissements criminels de Frédéric Péchier. Ce dernier considérait qu’il avait été « lui-même la victime de l’auteur de ces actes de malveillance »… Dans tous les cas, la cour d’assises dans cette affaire a jugé que le fait que l’ancien anesthésiste était parfois absent physiquement ne résultait pas nécessairement et automatiquement sur une innocence des faits reprochés, dans la mesure où, effectivement, les poches d’anesthésie « [avaient] pu être polluées en amont ».
Les risques présentés par l’ancien anesthésiste
Dans cette décision, la cour d’assises du Doubs a relevé que l’ancien anesthésiste a eu recours à ses connaissances « médicales et anesthésistes » afin de résoudre des différends qui pouvaient l’opposer à ses collègues ou de « répondre à tensions internes de son mal-être intérieur », ce dernier ayant tenté de mettre fin à ses jours en 2014.
Il apparaît également intéressant de relever le fait que l’aggravation de la peine de sûreté, qui fut en l’espèce portée à 22 ans, est justifiée « par la dangerosité de Frédéric Péchier ». La cour rappelle en effet que ce dernier a été en mesure de montrer, notamment par « la sérialité de ses crimes », de même que son « absence totale de remise en cause », ce qu’elle considère être un « risque majeur de récidive et de réitération des infractions ».









