Rappel des faits et condamnations
L’ancien PDG de Lafarge, Bruno Lafont, a dernièrement été condamné par le tribunal judiciaire de Paris. Ce dernier a en effet écopé d’une peine de six ans d’emprisonnement avec incarcération immédiate.
Il a été retenu par les juges que la société s’est rendue coupable de financement du terrorisme. Souvenez-vous, nous avions déjà eu l’occasion de discuter de cette affaire dans un précédent article : le groupe avait souhaité se maintenir sur le territoire syrien, et ce, en dépit d’une prise de contrôle par des groupes djihadistes. Le groupe avait alors versé des pots-de-vin afin de pouvoir s’y maintenir.
Ainsi, le cimentier français, de même que huit des anciens dirigeants de cette société, ont été condamnés par le tribunal judiciaire de Paris par sa décision rendue lundi 13 avril 2026. Notons que le cimentier, en sa qualité de personne morale, a écopé d’une amende d’un montant de 1,125 million d’euros.
Précisons maintenant que l’ex-PDG, Bruno Lafont, fut condamné à 6 ans d’emprisonnement avec incarcération immédiate. Ce dépôt a été considéré comme injustifié par ses avocats, qui ont ainsi demandé à ce qu’il soit mis en liberté. Ces derniers ont également indiqué interjeter appel de cette décision.
Bruno Pescheux, l’ex-directeur de l’usine concernée, a pour sa part été condamné à une peine de 5 ans d’emprisonnement. Néanmoins, le concernant, il n’a pas été décidé de mesure de sûreté à son endroit du fait de son état actuel de santé.
Notons que des amendes ont été décidées à l’encontre de chaque prévenu dans cette affaire par le tribunal judiciaire de Paris. Ils ont aussi été condamnés de manière solidaire à une amende douanière d’un montant de 4,5 millions d’euros, eu égard à leur participation respective aux faits qui ont été relevés dans cette affaire.
La reconnaissance d’un partenariat commercial entre la société française et l’État islamique
Les juges du tribunal judiciaire de Paris ont eu à s’intéresser à une bien épineuse affaire qui mettait en avant une grande société qui avait décidé de rester sur le territoire syrien, en dépit d’une situation géopolitique complexe, décision prise afin de sauvegarder ses intérêts économiques propres, et alors que les autres entreprises internationales n’y opéraient plus.
Les juges du tribunal judiciaire de Paris ont retenu que le cimentier français a effectué des paiements au profit de l’État islamique pour un montant de 5,6 millions d’euros. Selon Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de cette juridiction, ces différents versements ont été notamment utilisés pour la préparation des attentats terroristes qui ont touché la France au début de l’année 2015.
Selon elle, enfin, le cimentier a mis en place un partenariat commercial avec l’État islamique et les faits en cause sont d’une « gravité extrême ».
Le choix entre deux mauvaises solutions : « la pire et la moins pire »
C’est à l’occasion des débats que la société a tenté de mettre en avant le fait que son choix de rester sur le territoire syrien, alors que la situation du pays était au plus bas, n’était pas motivé par des raisons économiques et financières au préjudice de ses salariés et de leur sécurité. À ce sujet, effectivement, l’ex-PDG adjoint du cimentier, Christian Herault, a demandé : « que seraient devenus les salariés de l’usine si nous étions partis ? ». Et ce dernier de déclarer que la société disposait d’un choix « entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire ».
Pendant plusieurs semaines, les juges se sont intéressés à tout un ensemble de documents concernant ces paiements effectués par la société au profit de l’État islamique. Ces paiements ont notamment permis de continuer la production de ciment tout en bénéficiant d’une certaine sécurité, afin que les salariés puissent continuer de travailler et de passer les barrages. Les personnes amenées à comparaître lors de ce procès ont indiqué avoir été les victimes de « racket », ce qui n’a pas emporté la conviction des juges, car des éléments apportés au dossier indiquaient plutôt des accords ou des négociations.
Lors de l’audience, le parquet national antiterroriste a précisé que les prévenus n’adhéraient pas « à l’idéologie jihadiste », mais ont aussi relevé qu’ils n’ont pas reconnu les faits ni émis de regret à cet égard. De même, celui-ci relève que l’ancien PDG, qui a nié entièrement avoir été informé des versements litigieux, « a donné des directives claires » afin que l’activité soit poursuivie. Il s’agit ici pour le parquet national antiterroriste « d’un choix purement économique » qui est finalement « ahurissant de cynisme ».
Références
Didier Rebut, Pourquoi Lafarge a été condamné pour financement du terrorisme ? (2026, 14 avril). Le Club des Juristes. Consulté le 16/04/2026 sur : leclubdesjuristes.com
Huffington Post, L’ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont condamné et incarcéré pour financement de groupes terroristes en Syrie. (2026, 13 avril). Huffington Post. Consulté le 16/04/2026 sur : huffingtonpost.fr
Le Monde avec AFP, L’entreprise Lafarge reconnue coupable de financement de groupes terroristes en Syrie ; son ex-PDG Bruno Lafont condamné à six ans de prison. (2026, 13 avril). Le Monde. Consulté le 16/04/2026 sur : lemonde.fr







