Un démenti de la présidence de la République
Face à la polémique qui a très rapidement pris de l’ampleur, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement a déclaré, ce mardi 2 décembre 2025, que le chef de l’État « n’a jamais affirmé cela et n’a jamais tenu ces propos ». Cette déclaration s’inscrit dans la continuité de la polémique qui a pris racine dans les médias appartenant au groupe Bolloré, ainsi que dans la droite de l’échiquier politique. Notons par ailleurs que Bruno Retailleau, le président des Républicains, a même décidé de lancer une pétition à ce sujet.
Le week-end dernier, ces médias se sont interrogés sur la mise en place d’un ministère de la vérité, et sur un label qui serait attribué aux médias, les bons et les mauvais, et qui serait en vérité sous le contrôle du pouvoir exécutif. Le démenti n’a pas tardé et le président de la République a fait savoir que le gouvernement n’a pas et n’aura jamais ce rôle.
Pourquoi cette polémique a-t-elle éclaté ?
Depuis maintenant quelques semaines, Emmanuel Macron se rend dans plusieurs villes françaises afin d’y délivrer des discours concernant la lutte contre la désinformation. À l’occasion de ces prises de parole, celui-ci a été amené à mentionner la notion de labellisation. Cependant cette labellisation n’a pas été inventée par le chef de l’État, contrairement aux affirmations que l’on a pu entendre ces derniers jours.
Plus précisément, c’est à l’occasion d’une question que le chef de l’État a souligné l’existence de la JTI (ou Journalism Trust Initiative) et qui revêt la nature d’une certification valable pendant deux ans et qui est reconnue aussi bien au sein de l’Union européenne qu’en France. Ici, il nous faut préciser et comprendre qu’il ne s’agit pas de contrôler le contenu des médias mais bien de valoriser le respect des standards du journalisme.
S’il est vrai que le président de la République a indiqué être « favorable » à cette catégorie de label qui distinguerait « les sites d’information » d’une part, et d’autre part « les réseaux et les sites qui font de l’argent avec la pub personnalisée », ce dernier n’a pas manqué de préciser que le rôle de l’État n’est en rien de déterminer ce qu’est et ce que n’est pas une information. À cette précision, il a cependant annoncé qu’il souhaite que ce projet, dans les tablettes depuis maintenant quelques années, soit amorcé en lien avec la presse.
Lors d’un autre discours, de nouveau interrogé sur ce même sujet, le chef de l’État a rappelé que l’État ne dispose absolument pas de ce rôle.
La certification au cœur de cette polémique
Dans ses déclarations, Emmanuel Macron a souligné le rôle de Reporters sans frontières (ci-après RSF) au regard de la certification JTI rappelée ci-dessus. RSF a dernièrement mis en place une étude : il en ressort qu’une chaîne d’information en continu, plus exactement CNews, et qui appartient au groupe Bolloré, est suspectée de ne pas respecter les règles inhérentes au pluralisme. Les résultats de cette étude n’ont pas été étayés et prouvés par l’Arcom, c’est-à-dire l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, qui, selon RSF, « n’a manifestement pas de moyen de contrôle effectif en dehors des déclarations des chaînes ».
Si cette certification est au cœur de cette nouvelle polémique, il est toutefois nécessaire de garder en tête que cette idée n’est en rien inédite. En effet, dès le début de l’année 2018, le président de la République, à l’occasion d’une cérémonie des vœux, avait considéré cette idée comme étant « intéressante ». Il avait alors rappelé que ce raisonnement, encore au stade de projet, concernant le respect de la déontologie du métier de journaliste, était « souhaitable ». Indiquons immédiatement que cette déclaration n’avait pas soulevé de polémique à l’époque.
Par la suite, cette démarche a été évoquée à l’occasion des EGI, ou États généraux de l’information, en 2023. Dans ce cadre, un certain nombre de consultations ont été mises en place et il en résulte notamment que la proposition apparaît comme primordiale. Il s’agirait en effet de « distinguer un journalisme de qualité » grâce à l’instauration de cette « certification/labellisation des médias français ». De nouveau, il n’est pas question d’apprécier ni de considérer le contenu des articles mais bien de s’assurer de « la qualité du processus de fabrication de l’information », peut-on lire. Il ne saurait donc être question d’une quelconque volonté de mettre à mal le pluralisme, ni même de forcer d’une quelconque manière que ce soit ce label qui pourrait méconnaître la liberté d’expression, garantie et protégée par le texte constitutionnel suprême.
Rappelons, s’il le fallait, qu’il n’existe pas de loi à ce sujet, et donc que le pouvoir exécutif ne s’est jamais emparé de la question de ce point de vue. Ceci peut notamment s’expliquer par la volonté accrue des professionnels du secteur de ne pas impacter le contenu de la loi de 1881 sur la liberté de la presse.
Références









