Un détroit stratégique

Cette région est devenue le « cœur pétrolier de la planète » à l’issue de la Seconde Guerre mondiale au regard de la production de pétrole et de gaz. Ce détroit constitue de ce fait une zone cruciale pour les 5 pays de la région qui sont parmi les plus gros producteurs de pétrole et de gaz au monde (ces pays sont l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis). Il s’agit en outre de l’unique route maritime qui permet de relier l’Océan indien d’une part, au Golfe persique d’autre part.

Notons que, récemment, pendant les deux dernières années, ce détroit a permis à 1/3 des hydrocarbures de transiter par cette région. Cela représente, plus précisément, 20% de la consommation mondiale de pétrole, soit 20 millions de barils par jour. Ces chiffres sont tout simplement colossaux. Concernant le gaz naturel liquéfié, retenons qu’1/5e de ce gaz transite par cette artère maritime.

L’on observe donc que le détroit d’Ormuz revêt la nature d’une zone géographique stratégique pour le commerce mondial, d’autant plus qu’outre les pétroliers, d’autres navires y passent également, que ce soient des porte-conteneurs, des navires militaires, mais aussi des bateaux de croisière.

Toutefois, il est intéressant de noter que ce détroit, en sa qualité de zone stratégique, a connu une évolution certaine. Tout d’abord, l’Europe a procédé à la diversification de ses fournisseurs en matière énergétique. De même, les États-Unis ne dépendent plus réellement des pays du Golfe dans cette matière, ces derniers étant devenus exportateurs nets d’hydrocarbures. En effet, les importations américaines de pétrole de ces pays, qui passent par ce détroit, ont représenté 7% du total des importations réalisées par le pays en 2024. À cela, cependant, il est nécessaire de noter que la situation est bien différente pour une partie des pays asiatiques. C’est ainsi qu’en 2024, il a été estimé que 84% des flux de pétrole brut ont transité par ce détroit à destination de ces pays et de leurs marchés, notamment l’Inde, la Chine ou encore le Japon. Indiquons ici que la Chine a su tirer son épingle du jeu au regard des sanctions décidées par les États-Unis, dès 2018, à l’endroit des exportations des hydrocarbures produites par Téhéran. En effet, Pékin est parvenue à bénéficier d’une grande partie de la production de l’Iran en la matière, à des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués sur le plan international.

Qui contrôle le détroit d’Ormuz ?

Concernant le détroit d’Ormuz, il nous faut retenir qu’il n’existe pas de convention internationale qui prévoit la circulation maritime en son sein. Il revient par conséquent au droit coutumier de régir ces règles, en complément de la Convention de Montego Bay, c’est-à-dire la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Cette convention fut signée par 167 États : toutefois, si les Émirats arabes unis l’ont ratifiée, il n’en est pas ainsi pour l’Iran ou encore les États-Unis.

Au sens du droit, le détroit d’Ormuz est partagé entre l’Iran et le Sultanat d’Oman. Il existe alors une co-souveraineté du détroit d’Ormuz entre ces deux nations.

Indiquons également que les eaux territoriales en cause sont dites ouvertes au passage en transit. Or, dans la mesure où l’Iran n’a pas ratifié la convention susmentionnée, le pays est en mesure, en théorie, de décider de fermer l’accès à ce droit sans qu’il commette une infraction au regard du droit international. À cela, cependant, l’Iran ne respecterait pas le droit coutumier et sa situation avec le Sultanat d’Oman connaîtrait certaines difficultés. Tel est d’ailleurs le cas actuellement.

Dans tous les cas, les États-Unis, qui n’ont pas ratifié la convention de Montego Bay, considèrent que le détroit d’Ormuz relève des eaux internationales.

Pour clore, précisons que le 21 mars 2026, une vingtaine d’États ont indiqué dans un communiqué qu’ils étaient « prêts à contribuer aux efforts » devant être mis en place afin de réouvrir ce détroit et ont critiqué les attaques menées par Téhéran sur des infrastructures civiles.

Reste à observer si Téhéran accèdera à l’ultimatum posé par Washington au regard de la nécessaire réouverture du détroit. Force est néanmoins de constater que l’Iran a indiqué qu’elle procédera à des bombardements sur des infrastructures énergétiques en cas d’embrasement de la situation déjà très tendue dans cette région…


Références

fr.euronews.com

iris-france.org

tf1info.fr

lunion.fr