La loi interdit logiquement de refonder une quelconque organisation dissoute suite à une décision d’une autorité. Quels ont donc été les fondements de cette dissolution ainsi que de cette décision de saisir la Justice afin d’ouvrir une enquête à ce sujet, et qu’en est-il actuellement de l’avancée de cette enquête et des risques encourus par les personnes impliquées dans la reconstitution de l’ex-Jeune Garde si elles en sont reconnues coupables ?
Quels étaient les fondements de la dissolution de la Jeune Garde en juin 2025 ?
Il avait été constaté par le pouvoir exécutif que, depuis la création de l’organisation en 2018, les membres de la Jeune Garde, et notamment son fondateur, Raphaël Arnault, avaient été impliqués dans des faits de violence physique, tout en étant en surnombre, contre leurs opposants politiques, ou encore dans des faits de menaces et d’appels publics à commettre des actes de violence, par exemple, contre des femmes membres d’une association ayant une idéologie politique opposée. Ses membres opéraient régulièrement à visages dissimulés, les rendant ainsi plus difficilement identifiables, et procurant ainsi davantage d’aisance pour mener des actions illicites.
Ainsi, la dangerosité procurée par la Jeune Garde pour l’ordre public avait été constatée par le pouvoir exécutif. L’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure, qui permet de dissoudre des groupements participant à des actions violentes et à des combats de rue, a ainsi pu être saisi. Le fondateur étant personnellement impliqué dans ces actions, la Jeune Garde n’a ainsi pu plaider sa non-responsabilité en tant qu’organisation, qui était alors bien la sienne et pas seulement de certains de ses membres.
De ce fait, le conseil des ministres a décrété le 12 juin 2025 la dissolution de la Jeune Garde. Décret qui, depuis, interdit donc l’exercice de cet ancien groupuscule, ainsi que toute tentative de sa reconstitution.
Février 2026 : suspicion de tentative de reconstitution de la Jeune Garde
Suite à la mort de Quentin Deranque en février 2026, l’exécutif a ainsi saisi la Justice pour qu’une enquête puisse être faite sur une éventuelle tentative de rebâtir ce groupuscule. Plusieurs observations ont alors suscité cette suspicion lors de cet événement, faisant remarquer des similitudes avec l’ex-Jeune Garde :
- Le mode opératoire, similaire à celui de l’ex-Jeune Garde, à savoir la confrontation physique en surnombre avec les opposants politiques, par la voie de milices formées à ces fins-là précises. Car, Q. Deranque appartenait au bord politique opposé, et avait alors été battu à mort, certes sans intention de la donner, mais par au moins 4 personnes, précipitées sur les lieux afin justement de prendre part à une confrontation physique.
- La proximité avec le parti La France insoumise : là aussi, il s’agissait du public s’étant rendu à une conférence de Rima Hassan, députée LFI et suspectée du soutien au terrorisme à l’image du fondateur de l’ex-Jeune Garde Raphaël Arnault. Par ailleurs, plusieurs élus de La France insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon, n’ont pas manqué d’apporter publiquement leur soutien à la Jeune Garde.
- L’action avait été faite avec des visages cagoulés pour rendre l’identification par les caméras de vidéosurveillance plus difficile et ainsi opérer avec plus d’aisance ; une fois de plus, à l’image de l’ancien groupuscule désormais dissous.
- L’idéologie et la communication, là aussi, quasi-identiques à ceux de l’ancienne Jeune Garde, à savoir l’appel, notamment via les réseaux sociaux, à la confrontation physique avec les opposants politiques accusés de fascisme.
Toutes ces similitudes ont donc laissé penser qu’il s’agissait d’une reconstitution de la Jeune Garde, qui opérerait alors de nouveau, simplement de manière informelle et non déclarée. Ce qui a ainsi conduit l’exécutif à saisir la Justice afin qu’une enquête puisse être menée là-dessus.
Suite de l’enquête et ce que risqueraient les personnes impliquées
L’article 431-15 du Code pénal interdit effectivement le maintien ou la reconstitution d’une organisation dissoute par une autorité, délit alors passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et jusqu’à 45 000€ d’amende. De ce fait, si l’enquête aboutissait à la conclusion qu’une tentative de reconstituer la Jeune Garde avait en effet eu lieu, les personnes qui y seraient impliquées s’exposeraient potentiellement à de lourdes sanctions pénales.
L’enquête n'ayant été entamée qu’en fin du mois dernier, elle n’a pas encore abouti à une suite, et en est encore au stade de l’investigation, à savoir de l’identification des participants, de leurs liens potentiels ou encore de la surveillance numérique. C’est donc une affaire qui reste à suivre.
Références
La rédaction. (2026, 26 février). Jeune Garde : une enquête ouverte pour tentative de reconstitution. Le club des juristes. Consulté le 18/03/2026 sur : leclubdesjuristes.com
Le Monde avec AFP. (2026, 24 février). Mort de Quentin Deranque : le gouvernement saisit la justice d’une possible « reconstitution » de la Jeune Garde. Le Monde. Consulté le 18/03/2026 sur : lemonde.fr
PÉROU, Olivier. (2026, 23 février). Jean-Luc Mélenchon confirme son soutien à la Jeune Garde lors d’une conférence de presse triée sur le volet. Le Monde. Consulté le 18/03/2026 sur : lemonde.fr







