Quelques propos introductifs
Cyrille Bourgeois, informaticien de profession, a dernièrement été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison, dont une année ferme, ainsi qu’à une peine d’amende d’un montant de 10 000 euros, pour administration du site CFake, qui constitue d’ailleurs l’un des sites les plus anciens « spécialisés » dans la publication de deepfakes pornographiques.
L’enquête diligentée à son endroit a permis de mettre au jour plus de 300 000 images truquées, ainsi que 7 000 vidéos elles aussi truquées. Sur les 14 000 victimes qui ont pu être recensées, 660 sont de nationalité française, et une dizaine d’entre elles, de différentes professions, mais toutes connues sur le plan médiatique, avaient décidé de se constituer partie civile dans le cadre de ce procès.
Une plateforme en ligne visitée par des millions d’utilisateurs chaque mois
À l’occasion du procès, le mis en cause a reconnu les faits qui lui étaient reprochés, en précisant néanmoins que sa volonté n’était pas nécessairement « de faire du porno à la base ». Pour sa défense, ce dernier a précisé devant le tribunal correctionnel de Paris que ses « créations » trouvaient leur origine dans son appétence pour le montage « artisanal [et] satirique ». Il a également indiqué à la barre qu’il a souhaité créer une plateforme sur laquelle d’autres internautes auraient été en mesure de partager leurs propres créations. Toutefois, rapidement, toujours selon ses dires, le contenu qui y était partagé était majoritairement « à caractère sexuel ». Cependant, il est à noter que le mis en cause n’a pris aucune mesure, n’a fait preuve d’aucune volonté afin de réduire ce genre de partage sur le site qu’il administrait. Cyrille Bourgeois a, sous ce rapport, tenu à préciser que lorsqu’une victime demandait à ce qu’une ou plusieurs images montées, truquées la concernant soient retirées du site, il y répondait favorablement.
Force est néanmoins de constater que l’immense majorité de ces deepfakes est restée disponible en ligne. L’administrateur déchu avait par ailleurs mis en place tout un ensemble de fonctionnalités qui sont retrouvées dans des plateformes classiques (filtrages possibles concernant la nationalité de la victime, par exemple).
Les chiffres sont aussi impressionnants concernant le nombre de comptes utilisateurs qui s’élève à 200 000 ainsi que le nombre total de visites du site mensuellement et qui s’élève pour sa part à 4 millions.
Une enquête qui remonte à 2025
Il est maintenant important de noter que le site en cause, dans notre cas d’espèce ici jugé et rapporté par le tribunal correctionnel de Paris, a attiré l’attention des autorités compétentes italiennes en fin d’année dernière. En effet, ceci fait notamment suite à la publication d’images truquées, notamment de Georgia Meloni, la Première ministre italienne.
Ce même site a également fait l’objet d’un signalement outre-Atlantique : en effet, le nom de domaine y a été enregistré ; et les autorités françaises furent alertées par les autorités américaines. C’est grâce à la communication d’un disque dur, à l’intérieur duquel figurait notamment une adresse mail, que les forces de l’ordre ont été en mesure de localiser, mais également d’arrêter le suspect dans cette affaire.
Juridiquement, il nous faut garder en tête que l’administration de plateformes permettant des transactions illicites est interdite depuis 2023. Néanmoins, et dans la mesure où la diffusion de deepfakes non consentis est elle aussi prohibée, mais uniquement depuis le printemps 2024, le tribunal correctionnel de Paris ne s’est intéressé qu’aux faits qui ont eu lieu depuis cette même période spécifique.
Des extraits de lettres de victimes lus à l’occasion du procès
Un ensemble d’extraits de lettres des victimes a été lu à l’occasion du procès. Leur contenu, très fort, démontre, s’il fallait s’en convaincre, l’humiliation des victimes de ces deepfakes. L’une d’entre elles a également précisé que les victimes « [vivent] avec la crainte permanente que ces contenus ressurgissent », tandis qu’une autre indique que « le mal est fait, et, en quelque sorte, il est perpétuel [et son] dégoût l’est aussi ».
L’avocate du condamné a déclaré qu’elle déplore ce qu’elle considère être des « carences » dans le cadre de l’enquête diligentée et qui a mené à la tenue du procès, en ce que les enquêteurs n’ont pas œuvré afin d’identifier les auteurs de ces deepfakes qui étaient ensuite publiés sur la plateforme.
Références
Marine Langlois, Ses deepfakes sexuels ont fait près de 15.000 victimes et cumulaient 4 millions de vues par mois : fin de partie pour le site CFake. RTL (2026, 12 juin). Consulté le 10/07/2026 sur : rtl.fr
Charlotte Rabatel, Deepfakes sexuels : l’administrateur du site CFake condamné à deux ans de prison, dont un an ferme. Solutions numériques (2026 9 juillet). Consulté le 10/07/2026 sur : solutions-numeriques.com
Louis Mondot, "Grok, déshabille-la" : pourquoi le détournement d'images de femmes avec l'IA sur X est non seulement problématique, mais aussi illégal. Franceinfo (2026, 2 janvier). Consulté le 10/07/2026 sur : franceinfo.fr








