« La censure a échoué »
Alors que la décision avait été rendue par la Cour de cassation, l’avocat du slameur, Patrice Spinosi, a déclaré que « la censure a échoué », saluant le raisonnement des juges de la haute juridiction.
En effet, la Cour de cassation a décidé de casser l’arrêt rendu par les juges du second degré et de renvoyer l’affaire devant la Cour d’appel de Paris, pour que celle-ci soit de nouveau connue. Dans sa décision, la Cour de cassation indique en effet qu’au nom « du débat d’intérêt général », l’arrêt d’appel doit être cassé : ce dernier concernait plus exactement le retrait du titre « Des gens beaux ». Grand Corps Malade devait en effet retirer une partie des paroles de cette chanson où l’on pouvait entendre les déclarations humiliantes de Fabien Lecœuvre, qui avait en effet qualifié la chanteuse Hoshi d’« effrayante » et par lesquelles il la dénigrait également physiquement.
En ce sens, il convient de noter que dans « Des gens beaux », paru à l’automne 2021, le slameur avait décidé d’y insérer les déclarations du journaliste, effectuées à l’occasion d’une webradio, la même année. Lors de cette webradio, il avait précisé que les titres de la chanteuse devraient être confiés « à des filles sublimes ». Indiquons que ces déclarations dégradantes à l’endroit d’Hoshi ne sont pas passées inaperçues et ont créé un véritable tollé, car celles-ci s’inscrivaient, à l’époque, dans un contexte plus général de cyberharcèlement dont elle était la victime.
Si le journaliste avait alors présenté ses excuses, ce dernier décidera finalement d’assigner en justice la société de production et la maison de disque de Grand Corps Malade. Il leur reprochait en effet d’avoir utilisé sa voix, sans accord préalable de sa part, et donc, de manière illégale.
Des propos qui s’inscrivent dans « le débat d’intérêt général »
Il est plus précisément question de différents passages, insérés dans le titre en cause, et qui durent un total de 33 secondes. À l’automne 2025, la Cour d’appel de Paris avait alors décidé que ces passages devaient être retirés de ce titre, et avait également décidé de condamner Grand Corps Malade et sa maison de disque au paiement de 10 000€ d’amende pour préjudice moral subi par le journaliste.
Cette condamnation n’emporta pas la conviction des juges de la Cour de cassation, qui décidèrent en effet, par leur décision rendue ce mercredi 24 juin 2026, de casser et annuler l’arrêt rendu par les juges du second degré. La Cour de cassation a rappelé qu’il revenait à la Cour d’appel de mettre en balance le droit au respect de la vie privée (utilisation de la voix du journaliste) et le droit à la liberté d’expression, qui revêtent toutes deux la nature de principes ayant valeur constitutionnelle, en préférant, toujours selon la Cour de cassation, « la solution la plus protectrice de l’intérêt le plus légitime ».
Précisons en outre que les propos tenus par le journaliste s’inscrivent aussi dans un contexte plus global, à savoir : le mouvement #MeToo, dont l’objectif est de lutter contre les formes de sexisme et de violences sexuelles. À cet égard, la Cour de cassation indique que les juges du fond auraient dû retenir que ces propos envers la chanteuse s’inscrivaient en vérité dans « le débat d’intérêt général » et amorcé par ce mouvement.
Le retour du titre « Des gens beaux » sur les plateformes
Achevons notre développement concernant le raisonnement ici opéré par la Cour de cassation, en indiquant que, pour cette dernière, les critères qui permettent de caractériser l’existence d’un « débat d’intérêt général » étaient réunis et qu’il était alors attendu que les juges de la Cour d’appel la relèvent.
En effet, la Cour de cassation a indiqué que ces propos ont effectivement « suscité une forte controverse », et que ces derniers « portaient, de surcroît, sur un thème social important ». La Cour d’appel aurait donc dû retenir cette qualification.
Pour l’avocat du slameur, il s’agit ici d’une « décision de principe pour la liberté de création » ; ce dernier a souligné le fait que « la censure » n’a pas gagné face au droit et à son application dans notre cas d’espèce. Le titre devrait être de nouveau disponible sur les plateformes.
Références
Le Figaro avec AFP, Grand Corps Malade voit sa condamnation annulée dans l’affaire qui l’oppose à Fabien Lecœuvre. Le Figaro (2026, 25 juin). Consulté le 26/06/2026 sur : lefigaro.fr
V.G. avec AFP, "La censure a échoué": Grand Corps Malade voit sa condamnation annulée dans l'affaire l'opposant à Fabien Lecoeuvre. BFMTV (202625 juin). Consulté le 26/06/2026 sur : bfmtv.com
Libération avec AFP, Droit de voix, Harcèlement de la chanteuse Hoshi : le chroniqueur Fabien Lecœuvre obtient la modification d’une chanson de Grand Corps Malade. Libération (2025, 23 octobre). Consulté le 26/06/2026 sur : liberation.fr







